Auprès de moi toujours – Kazuo Ishiguro

Lorsque j’ai ouvert ce livre, je m’attendais un peu à une bluette. Mais je ne connaissais pas l’auteur et j’avais envie de le découvrir (il s’agit tout de même du Prix Nobel de Littérature 2017).

C’est l’histoire de trois amis, Kath, Ruth et Tommy, tous trois élevés dans les années 90, à Hailsham, une sorte de pension coupée du monde. Les élèves d’Hailsham ne connaissent pas le monde extérieur. Ce sont des êtres spéciaux, crées dans un seul but. Or, ce but reste mystérieux. Ces enfants ont l’air tellement heureux, que leur destinée ne peut qu’être lumineuse.

Kazuo Ishiguro dépeint ainsi un cadre idyllique, où l’enfance est paisible, où la créativité est encouragée. Ils doivent avoir une santé de fer, et un corps sain.

Mais, progressivement, l’auteur distille des indices sur la finalité de leur existence. D’abord un léger malaise s’installe. Le tableau n’est peut être pas si idéal.

Puis, quelques mots jetés avec une désinvolture cruelle font froid dans le dos. Au début, nous ne sommes pas certains de comprendre, l’horreur est trop forte pour qu’elle soit vraie. Puis, nous comprenons. Un véritable malaise s’installe alors, et ne fera que s’accroître au fil des pages.

« Alors vous attendez, même si vous ne le savez pas vraiment, vous attendez le moment où vous vous rendrez compte que vous êtes réellement différent d’eux ; que, dehors, il y a des gens comme Madame, qui ne vous détestent pas et ne vous souhaitent aucun mal, mais qui frissonnent néanmoins à la seule pensée de votre existence – de la manière dont vous avez été amené dans ce monde et pourquoi – et qui redoutent l’idée de votre main frôlant la leur ».

C’est alors le choc entre la résignation des personnages pour qui leur destinée paraît normale, et l’angoisse, voire le dégoût, du lecteur qui n’a pas été élevé dans cette bulle sectaire.

Ils savent qu’ils ne deviendront pas adultes pour très longtemps. Mais, l’enfance n’est qu’innocence et ne s’encombre pas de l’avenir. Seul le présent compte. L’âge adulte est encore loin.

Puis, vient l’adolescence, et ses remises en question. La vie d’adulte commence à prendre son importance. La découverte du monde extérieur est un choc. Leur vie toute tracée devient moins évidente à accepter. D’où viennent-ils ? Pourquoi eux n’ont-ils pas de géniteurs ?

Les élèves d’Hailsham sont des êtres spéciaux, certes, mais ils n’en restent pas moins humains. Leurs émotions sont réelles. L’amitié, l’amour, la trahison, le don de soi. L’acceptation pour le lecteur devient de plus en plus difficile, notamment de part l’absence de révolte des ces « créatures ».

« Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l’eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s’accrochent aussi fort qu’ils peuvent, mais à la fin c’est trop difficile.Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c’est ce qui nous arrive à nous. C’est dommage, parce que nous nous sommes aimés toute notre vie. Mais, à la fin, nous ne pouvons pas rester ensemble pour toujours ».

Ce qui rend ce roman encore plus poignant, c’est que l’auteur utilise sciemment un ton banal pour nous prouver que, sans en avoir l’air, la science fiction peut rejoindre la réalité. Et qu’à l’heure qu’il est, peut-être qu’un tel endroit existe déjà…

J’ai adoré ce livre, très troublant. A lire de toute urgence !

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